Grand tétras, tétras-lyre, lagopède alpin… Ces oiseaux vivent toute l’année en altitude, mais leurs populations déclinent. Depuis 1998, l’Observatoire des Galliformes de Montagne (OGM) collecte des données de terrain, fédère un réseau de partenaires et agit pour leur préservation. En 2026, Génération Montagne fait le choix de soutenir cette démarche.
Des oiseaux sentinelles, témoins fragiles de nos montagnes
En montagne, certains habitants se font particulièrement discrets. Les galliformes de montagne vivent cachés dans les forêts d’épicéas, les lisières d’alpages ou les pelouses d’altitude. Six espèces composent ce groupe : le grand tétras, le tétras-lyre, la gélinotte des bois, le lagopède alpin, la perdrix bartavelle et la perdrix grise de montagne.
Peu connus du grand public, ces oiseaux jouent pourtant un rôle clé. Leur présence, ou leur absence, renseigne sur la santé globale des écosystèmes d’altitude. Ils fonctionnent comme des indicateurs biologiques : quand leurs populations reculent, c’est souvent le signe que leur milieu se dégrade. Or, ces espèces sont aujourd’hui sous pression. Le réchauffement climatique réduit progressivement l’aire de répartition du lagopède alpin. Le dérangement humain en période de reproduction ou d’hivernage compromet la survie des couvées. La fragmentation des milieux naturels isole les populations. Les collisions avec des câbles de remontées mécaniques ou des clôtures pastorales provoquent des mortalités évitables.
« Si personne n’agit, certaines populations locales peuvent disparaître en quelques décennies. Ces oiseaux ont des exigences très précises. La moindre perturbation peut compromettre une saison de reproduction entière. »
Emilie Linarès, chargée de missions à l’OGM
Le grand tétras illustre bien cette vulnérabilité. Il a besoin de vastes forêts calmes pour se reproduire. Ces conditions deviennent de plus en plus rares.

L’Observatoire des Galliformes de Montagne : vigie scientifique depuis 1998
Face à ces enjeux, un outil existe. L’Observatoire des Galliformes de Montagne (OGM) est une association loi 1901 créée en 1998. Elle rassemble aujourd’hui une cinquantaine de membres actifs : fédérations de chasseurs, associations naturalistes, Office national des forêts (ONF), Office français de la biodiversité (OFB), parcs nationaux et parcs naturels régionaux.
L’OGM intervient sur trois massifs : les Alpes, les Pyrénées et les Vosges. Sa mission : coordonner la collecte, le traitement et la synthèse de données scientifiques sur ces espèces et les espaces qu’elles occupent.
C’est cette démarche, fondée sur la science, le temps long et le travail collectif, que Génération Montagne a choisi d’accompagner en 2026. Génération Montagne est un fonds de soutien dédié aux projets engagés pour les territoires de montagne et leurs équilibres. Chaque année, il sélectionne une poignée d’initiatives porteuses de sens. L’OGM fait partie des cinq projets retenus.

Sur le terrain : observer, compter, comprendre
L’OGM pilote aujourd’hui environ soixante programmes de suivi, répartis sur l’ensemble des massifs français. Ce travail repose sur trois grands axes :
- Cartographie des milieux de vie : l’OGM recense et cartographie les zones utilisées par chaque espèce : sites d’hivernage, zones de reproduction, places de chant du tétras-lyre. Ces cartes servent de base aux décisions d’aménagement et de gestion.
- Suivi démographique : chaque année, des comptages standardisés mesurent l’abondance des populations et leurs tendances. Ces séries de données longues permettent de détecter un déclin ou d’évaluer l’efficacité d’une mesure de protection.
- Inventaire des causes de mortalité accidentelle : l’OGM documente les collisions avec des câbles de remontées mécaniques ou des clôtures pastorales, ainsi que les dérangements en période sensible. Ce recensement permet de proposer des solutions adaptées, comme la pose de balises visuelles sur les câbles ou la création de zones de tranquillité.
Les résultats alimentent des dispositifs nationaux et régionaux. Ils nourrissent directement les politiques publiques de conservation.
« Notre force, c’est la continuité. Certains de nos suivis durent depuis plus de vingt ans. C’est cette profondeur de données qui nous permet de distinguer une fluctuation naturelle d’un véritable signal d’alerte. »
Aurélie Guillou, coordinatrice associative de l’OGM
Protéger concrètement : de la donnée à l’action
Pour l’OGM, collecter des données n’est pas une fin en soi. Chaque information recueillie a vocation à se traduire en mesures concrètes. Sur le terrain, cela passe par la création de zones de tranquillité pour limiter le dérangement hivernal. Cela passe aussi par l’équipement de câbles avec des balises visuelles pour réduire les collisions. Ou encore par la restauration de milieux ouverts favorables à la nidification.
« On ne protège bien que ce qu’on connaît bien. Mais connaître ne suffit pas : il faut aussi convaincre, accompagner, et agir avec les acteurs du terrain. »
Emilie Linarès, chargée de missions à l’OGM
L’association mène également un travail de sensibilisation auprès des professionnels de la montagne : accompagnateurs, gestionnaires de domaines skiables, bergers. Elle intervient aussi auprès des élus locaux et du grand public. L’objectif : que la prise en compte de ces espèces devienne un réflexe dans les choix d’aménagement.

Un réseau collaboratif, ancré dans les territoires
L’une des forces de l’OGM tient à sa capacité à fédérer. À sa création, l’association comptait une dizaine de structures. Elle en rassemble désormais près de cinquante, auxquelles s’ajoutent de nombreux partenaires : établissements publics, collectivités, communautés de communes, acteurs pastoraux, fédérations. Cette diversité permet de croiser les expertises et de travailler à différentes échelles. Elle permet aussi d’adapter les réponses aux réalités très variées des territoires de montagne.
« Au départ, il fallait tout construire : le réseau, la confiance, les méthodes. Aujourd’hui, ce réseau existe et fonctionne. Notre mission, c’est de l’animer, de faire circuler les données, et de s’assurer que tout le monde avance dans la même direction. »
Aurélie Guillou, coordinatrice associative de l’OGM
Génération Montagne : soutenir ceux qui agissent dans la durée
En choisissant de soutenir l’OGM en 2026 aux côtés de quatre autres projets, Génération Montagne réaffirme une conviction. Les transformations durables naissent du croisement entre rigueur scientifique, engagement de terrain et coopération entre acteurs. Soutenir l’Observatoire, c’est investir dans un outil au service d’une montagne vivante, habitée et partagée. Une montagne où la diversité des usages et celle des écosystèmes se nourrissent mutuellement.